
LA BEAC SE PENCHE SUR L’IMPASSE MONETAIRE DU MARCHE UNIQUE AFRICAIN
Dans une Afrique en constante mutation, le projet de création d’une Zone de Libre Échange Continentale Africaine (ZLECAf) devant servir de cadre formel du marché unique pour les biens et services à travers le continent reste un défi à relever tant pour les Etats que les institutions régionales d’intégration économique. Entrée en vigueur en janvier 2021, la ZLECAf cherche à intégrer les 55 États de l’Union africaine pour former le plus grand marché commun du monde.
Les objectifs de ce marché unique visent : l’élimination les barrières commerciales (tarifaires et non-tarifaires), la stimulation le commerce intra-africain, l’encouragement de l’industrialisation et la création d’emplois.
De l’avis des experts, depuis son entrée en vigueur, la ZLECAF représente un marché de 1,2 milliard de personnes et devenant le huitième bloc économique mondial avec un PIB combiné de 3 billions de dollars, qui devrait plus que doubler d’ici 2050. Ce dernier devant favoriser l’émergence de nouvelles pratiques entrepreneuriales et de nouvelles manières de produire, de travailler et de commercer, aussi bien à l’intérieur du continent africain qu’avec le reste du monde.
Cependant, la ZLECAF fait face à d’importantes barrières dont celle monétaire qui apparaît comme la plus difficile à résoudre. Ce-dernier met en relief la difficulté à effectuer des paiements pour faciliter les échanges entre pays frontaliers utilisant des devises différentes.
Ainsi, Nana Yaw Owusu Banahene, qui habite au Ghana et a récemment payé un avocat au Nigéria voisin, nous en offre l’illustration la plus saisissante :
« L’argent a mis deux semaines à arriver », raconte Nana Yaw Owusu Banahene. Une transaction de 100 dollars lui a coûté près de 40 dollars. « Il est très difficile d’utiliser le système bancaire », précise-t-il.
Par cet exemple, l’on peut mieux saisir un problème bien plus vaste pour le développement économique du marché unique africain : le coût et la difficulté des paiements transfrontaliers.
C’est l’une des raisons pour lesquelles les échanges entre les 55 pays d’Afrique ne représentent que 15 % environ de l’ensemble de leurs importations et exportations. Par comparaison, on estime que 60 % des échanges des pays asiatiques ont lieu au sein du continent. Dans l’Union européenne, ce chiffre est de l’ordre de 70 %.
« En débloquant les paiements, on ouvre immanquablement les échanges entre les pays africains », explique Nana Yaw Owusu Banahene, chef des opérations d’AZA Finance au Ghana, qui effectue des opérations en devises pour des entreprises qui commercent en Afrique. Ce d’autant plus qu’en 2025, la Banque Africaine de Développement enregistre la palette de 42 monnaies en circulation sur le continent.
Pour y apporter des solutions, les pays africains ont décidé de mettre sur pied le Système de paiement et de règlement panafricain (PAPSS), projet lancé par le secrétariat de la ZLECAf et Afreximbank, institution basée au Caire spécialisée dans le financement du commerce, qui fonctionnera parallèlement à cet accord. L’objectif de ce système étant de relier les banques centrales, les banques commerciales et les fintechs d’Afrique au sein d’un réseau qui permettrait de réaliser des transactions rapides et peu coûteuses dans n’importe laquelle des 42 monnaies du continent africain.
Pour en saisir la pertinence, en 2017 par exemple, seuls 12 % environ des paiements intra-africains ont été traités au sein du continent, d’après la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT). Le reste étant acheminé par l’intermédiaire de banques étrangères, principalement situées en Europe et en Amérique du Nord. Il faut donc commencer par changer une monnaie africaine en dollars, en livres ou en euros, puis l’échanger une deuxième fois contre une monnaie africaine différente, ce qui ajoute, selon les estimations, 5 milliards de dollars par an au coût des opérations intra-africaines en devises.
Dans le but d’approfondir les réflexions sur la question, la banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) s’apprête à accueillir, du 23 au 28 novembre 2025, à l’Hôtel Hilton de Yaoundé, les 47ᵉ Réunions Annuelles de l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA).
Ces assises réuniront les Gouverneurs des Banques Centrales, les experts financiers et les partenaires internationaux autour des grands enjeux du changement climatique, de la stabilité financière, du développement économique et de la coopération monétaire africaine dans le cadre de la mise en œuvre de la ZLECAF.
Ce rendez-vous de Yaoundé pour cette importante rencontre de la communauté des Banquiers Centraux africains, s’inscrit dans la vision commune de promouvoir une croissance durable, une prospérité partagée à l’échelle du continent et une plus grande intégration monétaire pour accroître les échanges entre les pays de la région.
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