
Crise au sein de la CEMAC
Le président de la commission au banc des accusés
Des experts en économie de la sous-région dénoncent sa gestion calamiteuse et son manque de rigueur, d’esprit d’anticipation et de professionnalisme.
La CEMAC en pleine zone de turbulence financière. En proie à une véritable crise de trésorerie inédite, l’organisation sous régionale broie du noir. Face à cette situation pour le moins triste, le parlement de la CEMAC a, en date du 2 mars dernier, adopté une résolution musclée contre les Etats insolvables. A cet effet, les articles 51 et 52 prévoient des prélèvements forcés via la BEAC et l’exclusion aux forceps des Etats insolvables mieux récalcitrants de toutes les activités communautaires. Selon certains économistes, il s’agit d’une « première historique pour sauver l’intégration sous régionale ». Ainsi donc, faute de moyens, l’institution phare de l’intégration en Afrique centrale, est à l’arrêt. Dans une note abondamment relayée sur les réseaux sociaux, elle évoquait déjà une « dégradation continue de sa situation financière ». Concrètement, cette suspension vise à couper dans les dépenses. Finies, pour l’instant, les réunions administratives ou les missions officielles non indispensables prévues au budget 2026. Pour le président de la Commission, Baltasar Engonga Edjo’o, il s’agit d’ « une mesure de gestion interne, de rigueur ».
Gestion calamiteuse
Toute chose que contestent des sources crédibles au sein de la commission. Elles qui dénoncent une gestion calamiteuse et un amateurisme déconcertant de l’instance dirigeante au banc des accusés. A en croire un économiste et ancien directeur au siège de la Banque des États d’Afrique centrale (BÉAC), cette situation est surprenante. Selon lui, des fonctionnaires de certaines institutions n’étaient pas payés depuis deux mois. « Et donc le vice-président de la Commission a dû faire la tournée des pays. Il a visité 4 pays. Et malheureusement, malgré ces déplacements, il n’y a pas eu de retour en cash donc, ils se retrouvent en difficulté », expliquait alors Djimadoum Mandekor.
Evoquant cette crise de trésorerie, il confiait que tout tourne autour d’une taxe : la taxe communautaire d’intégration (TCI). « C’est le carburant principal de la Cemac. Sauf que ce carburant, les États ne le livrent pas assez. C’est une taxe qui est perçue sur les importations. Les versements automatiques ne sont donc pas faits. Chaque État conserve les ressources collectées à ce titre-là et ne les reverse pas, ne les alloue pas à la commission de la Cemac. Je pense que cela reflète en partie la situation de trésorerie également dans chaque pays », explicitait ce spécialiste de l’économie à Rfi. De son point de vue, la Commission incite donc les États à mettre en place un mécanisme autonome de prélèvement de la taxe communautaire d’intégration, qui est une ressource affectée (et donc hors budget national). Pour l’heure, il convient de souligner que le Gabon est pour l’instant le seul pays à l’avoir mis en place et a pu verser 10,5 milliards en 2025. Pour les autres États, aucun chiffre ne circule pour le moment. Et l’année dernière, moins de la moitié de la taxe communautaire d’intégration aurait été recouvrée par la Commission.
Réformer la commission : un impératif majeur
Analysant la situation, des experts affirment qu’en attendant, la commission va donc observer une pause forcée. Laquelle selon eux, va causer des retards sur des projets d’infrastructures régionales, sur la libre circulation ou sur l’intégration tout simplement. « Malgré tout, les activités hautement stratégiques seront maintenues. De même que des dossiers liés à la souveraineté monétaire ou aux engagements internationaux de la zone », nous informent des sources au sein de l’institution.
Contactés par nos soins alors que nous allions sous presse, de nombreux experts estiment que le président de la commission viole la position des chefs d’États. Et pense qu’une véritable réforme doit s’opérer au sein de la commission de la CEMAC. « S’agissant de cette situation que nous déplorent tous, la Commission de la CEMAC doit être interpelé à impérativement réformer sa gestion, source réelle des risques réputationnels », suggèrent ils. Non sans indiquer que « la BEAC respectueuse des textes en vigueur ne reçoit les instructions que de la part de la Conférence des chefs d’État et du Comité Ministériel de l’UMAC. Le Parlement communautaire doit obtenir une résolution de ses deux instances avant la saisine de la BEAC pour exécution. La BEAC agit dans un cadre institutionnel strict et ne reçoit d’instructions que des organes habilités (Conférence des Chefs d’État, Comité Ministériel, Conseil d’Administration). Les débits d’office pour financer la CEMAC et les institutions et organes communautaires doivent découler de résolutions adoptées par les organes habilités ». Quoi qu’il en soit, « la BEAC quant à elle exercera ses missions avec rigueur dans les limites de ses prérogatives, sans se substituer aux organes de décision communautaires », avons-nous appris. Voilà qui est bien dit !












