
RIGUEUR ET INDEPENDANCE DE LA GOUVERNANCE BANCAIRE : L’ESSENTIEL DE L’AUDIENCE D’YVON SANA BANGUI CHEZ LE PRESIDENT OUATTARA
Le Gouverneur Yvon Sana Bangui a profité de son passage à Abidjan, à l’occasion de la prestation de serment du Président du Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) Sidi Ould Tah, pour rencontrer le Président de la République de Côte d’Ivoire, Allassane Dramane Ouattara. Les deux personnalités ont ainsi eu l’occasion d’échanger de façon approfondie sur les questions monétaires, financières et de développement économique dans les régions d’Afrique centrale et de l’Ouest.
Durant l’audience, le Président ivoirien a abordé avec le Gouverneur de la nécessité de renforcer sans cesse la gouvernance, et enfin, de veiller jalousement à l’indépendance de la banque centrale. Ces principes sont, selon Alassane Ouattara, les fondements de la crédibilité et de l’efficacité d’une institution monétaire, garantissant transparence, intégrité et protection contre les pressions politiques.
Le Gouverneur Yvon Sana Bangui a, en retour, exprimé sa gratitude vis-à-vis de ces recommandations, rappelant son engagement à appliquer ces orientations dès le début de son mandat en ces mots :
« Les conseils que le président m’a prodigués sur l’importance de la bonne gouvernance et de l’indépendance de notre institution sont des principes que j’adopte déjà et pleinement. C’est d’ailleurs avec l’objectif prioritaire d’améliorer la gouvernance et de préserver l’indépendance de la BEAC que j’ai débuté mon mandat », a-t-il affirmé devant la presse. Et d’ajouter : « Ces principes sont la clé pour bâtir une banque centrale forte, capable de garantir la stabilité de notre monnaie et de contribuer au développement de la zone CEMAC. Je repars d’Abidjan avec une vision renforcée et une détermination accrue ».
Selon certains experts, cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’un rapprochement plus entre la BEAC et la BCEAO, dont la coopération a été renforcée en janvier 2025 lors d’un échange à Yaoundé entre Yvon Sana Bangui et son homologue de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine, Jean-Claude Kassi Brou. Les deux institutions poursuivent un plan d’actions conjointes portant sur l’inclusion financière, la digitalisation, la cybersécurité et l’interconnexion des systèmes de paiement, afin de promouvoir la stabilité monétaire et financière dans l’ensemble des zones CEMAC et UEMOA.
En outre d’autres experts considèrent que le Président Ouattara est aujourd’hui le pire exemple de dirigeant avec qui aborder les questions d’indépendance. Ce d’autant plus que ce-dernier était au cœur du projet avorté d’une nouvelle monnaie au sein de l’espace UEMOA. Laquelle nouvelle monnaie, l’ECO, était finalement perçue par les indépendantistes monétaristes pures, le Nigéria et le Ghana notamment, comme une sorte de CFA bis.
Pour ce dernier groupe d’experts également, le fait de n’avoir pas abordé l’épineux problème du FCFA qui est largement considéré comme un vestige de la colonisation laisse sur sa faim en matière d’indépendance. Ils rappellent que le franc CFA est de plus en plus critiqué dans les pays africains, où il est perçu comme une violation de la souveraineté monétaire et un obstacle au développement industriel et économique. Comme le résume l’économiste et ex-ministre togolais Kako Nubukpo : « Le franc CFA, accroché à l’euro par une parité fixe, est une monnaie qui donne l’impression d’être riche. Cela fait baisser le coût des importations, mais plutôt que produire par vous-même, vous avez alors tendance à importer ce que les autres produisent ».
Dans un contexte où le Gouverneur Yvon Sana Bangui contribue fortement à la promotion de la souveraineté financière de la BEAC via le maintien de la stabilité monétaire via le contrôle de l’inflation et de la parité externe, la promotion de l’intégration économique régionale en assurant la cohésion des politiques économiques et budgétaires nationales, la gestion des réserves de change, la supervision du système bancaire (via la COBAC), et le financement des États membres, cette rencontre avec le Président Ivoirien peut constituer un moment de dialogue au sommet qui prépare des réformes plus audacieuses en faveur de la souveraineté monétaire de la CEMAC. Pour ce faire, il faudra impérativement approfondir le principe d’indépendance abordé par les parties.
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