TRAFIC D’OR AU CAMEROUN : UNE ENQUÊTE AU CŒUR DU SERAIL

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TRAFIC D’OR AU CAMEROUN : UNE ENQUÊTE AU CŒUR DU SERAIL 2

L’ouverture de l’enquête sur les 15 tonnes d’or sorties du Cameroun met en lumière des pesanteurs inescomptées tant elle se concentre sur des acteurs majeurs de l’entourage du Chef de l’Etat. Alors que le Président Paul Biya privilégie se partenaires internationaux, les investigations s’appesantissent sur deux points de sortie privilégiés dont : le seuil 12 à l’entrée de la base de l’armée de l’air à Douala, et le PIF (poste d’inspection et de filtrage) des VIP et des avions spéciaux à l’aéroport de Yaoundé. Selon les enquêteurs, ces infrastructures, censées être hautement sécurisées, auraient été transformées en couloirs de contrebande sous le regard impuissant des agents en charge de ces postes, avec la complicité active de plusieurs personnalités gravitant autour du Président de la République.

Le point de départ du scandale aurifère camerounais

Tout est parti du rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) sur le Cameroun indiquant que le pays a produit 953 kg d’or en 2023, mais que seuls 22 kg ont été officiellement exportés. L’ITIE indique que les importations en provenance des Émirats arabes unis s’élevaient à elles seules à 15 tonnes, pour une valeur d’environ 539 milliards de francs CFA (949 millions de dollars US).

Plusieurs personnalités, très proches collaborateurs du président camerounais pour certains, sont ainsi impliquées dans ces trafics sauvages. Ils affichent chaque jour leurs signes de richesse, notamment de grosses voitures, lors des cérémonies du 20 mai, dans une certaine folie.

Des personnalités proches du Sérail camerounais impliqués

Les enquêteurs détiennent désormais les noms de ces prédateurs, qu’ils ne publieront pas pour ne pas entraver les investigations en cours. Mais plusieurs agents de la police, de la gendarmerie et des services de renseignement camerounais sont au courant de ces agissements. Ils sont souvent victimes des trafics d’influence orchestrés par ces voyous en col blanc qui utilisent le label « Présidence de la République » pour paralyser les contrôles. Ainsi, les vérifications légitimes de la police, de la Direction générale des recherches extérieures (DGRE) et des douanes sont systématiquement prohibées sur instruction de ces réseaux mafieux.

Parmi les noms qui circulent, celui d’un haut commis au CABINET Civil Président de la République. D’après des sources, ce dernier est proche d’une usine d’extraction d’or derrière la Société des Brasseries du Cameroun à Yaoundé, tout près des bureaux logistiques du Cabinet civil, non loin de la société Cameroon Tribune, où l’or est conditionné avant son départ vers différents pays. A l’autre bout de cette chaîne se trouverait sa fille, médecin et chanteuse gospel fraîchement diplômée, ayant immigré aux Emirats Arabes Unis où elle envisagerait sa carrière. Cette dernière serait donc reconvertie en courtier du précieux métal pour le compte de l’intérêt familial.

En 2013 déjà, lorsque la police et la douane ont saisi 25 kg d’or sortant frauduleusement du Cameroun, c’est le ministre des Mines en personne qui avait écrit au directeur de l’aéroport pour lui intimer l’ordre de laisser le trafiquant et son or passer.

Des comptes bancaires en Suisse, en Israël et dans d’autres paradis financiers

Les investigations menées par les services de renseignement partenaires ont mis au jour des comptes bancaires suspects en Suisse et en Israël, ainsi que dans plusieurs autres pays. Ces comptes auraient servi à blanchir les produits du trafic d’or et de minerais. Pire encore, ces opérations de blanchiment pourraient avoir indirectement alimenté le financement du terrorisme. Le gouvernement israélien, très vigilant sur les questions de blanchiment d’argent, a d’ailleurs bloqué une somme d’argent qui transitait par l’ambassade du Cameroun en Israël, afin d’y voir plus clair.

D’après des sources proches de l’enquête, des employés de la banque camerounaise Afriland First Bank seraient également pointés du doigt comme véhicules prisés dans  l’évasion de l’or et des devises vers des destinations étrangères. Déjà citée dans un scandale similaire en RDC, la banque pourrait très prochainement devenir l’objet d’un intérêt majeur des enquêteurs.

Un Libano-Israélien au cœur du système de prédation douanière

Selon les sources concordantes, un homme d’affaires libano-israélien serait le maître-chanteur de tout ce système. Un conseiller financier auprès d’une armée d’élites camerounaise, qui n’était autre qu’un ancien garçon de course de l’Israélien décédé dans un crash d’hélicoptère à Yaoundé, un homme réputé très honnête. Mais malheureusement, une gangrène a pris le relais après sa mort, en s’entourant de plusieurs personnalités issues de l’entourage du président Biya. Agissant au nom de hautes personnalités camerounaises, il imposerait sa loi à l’administration douanière. La plupart des Libanais influents dans les circuits douaniers camerounais depuis des années auraient pour protecteur cet individu à la présidence de la République, qui use de chantages et de pressions pour empêcher toute réforme. Les nominations aux postes pour empêcher toute réforme. Les nominations aux postes stratégiques de la douane se feraient sous son contrôle, assurant ainsi la pérennité du système de prédation.

Une enquête ministérielle complémentaire

Cette enquête sur le secteur aurifère a été lancée en janvier après la mise en évidence d’un écart important entre les exportations officielles d’or du Cameroun et les chiffres d’importation nettement plus élevés déclarés par d’autres pays, en particulier les Émirats arabes unis.

« Environ 200 entreprises illégales ont été identifiées dans les régions de l’Est et de l’Adamawa, dont plus de 95 % sont des sociétés étrangères », a indiqué le ministère dans un communiqué.

Selon une liste publiée par le ministère, bon nombre de ces sociétés sont dirigées par des ressortissants chinois. Les autorités ont demandé à ces entreprises de « cesser immédiatement leurs activités minières » mais n’ont pas évoqué d’éventuelles sanctions ou poursuites judiciaires.

Pour la chercheuse Aicha Pemboura dans un rapport publié en mars sur le crime organisé en Afrique centrale, ce gap : « qu’une grande partie de l’or, en particulier celui issu de l’exploitation artisanale, contourne les circuits officiels et est détournée vers des réseaux informels ou fait l’objet de contrebande ».

Pour le FMI et la banque mondiale, cette situation marque une séquence de monte en puissance de la criminalité économique menaçant la stabilité des économies de la sous-région. Les deux instances se disent particulièrement préoccupées par l’enquête en cours et soucieuses d’observer des changements significatifs dans la gestion du secteur aurifère dans le pays.

Quant au Président Paul Biya en déplacement pour un « séjour privé » en Suisse, l’enquête en cours constitue un levier supplémentaire dans sa volonté d’assainissement de son entourage. En épinglant certains de ses plus proches collaborateurs cette dernière rejoint une série d’investigation prescrite par le Chef de l’Etat Camerounais dans le but de renouer la confiance du peuple en sa capacité à gouverner et son autorité sur ses collaborateurs.

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