Une Banque Américaine exige la dévaluation du FCFA

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BEAC/CITY BANK : LES LOBBIES PETROLIERS PRESSENT POUR DEVALUER LE FRANC CFA D’AFRIQUE CENTRALE

Lorsque les Etats de la sous-région Afrique Centrale décidaient de mettre en application la législation communautaire sur le rapatriement des fonds de restauration des sites des industries extractives, nul ne soupçonnait à quel point cette démarche deviendrait l’épine dorsale d’un bras de fer entre la CEMAC et le lobby du pétrole aux Etats-Unis. Après six années de négociations acharnées, la menace de représailles légales étatsuniennes sous forme de sanctions contre la CEMAC en cas de mise en œuvre de cette disposition, la Citi Group vient en renfort des industries minières en menaçant de dévaluation le Franc CFA utilisé au sein de l’Union Monétaire d’Afrique Centrale (UMAC).

Une analyse au service du lobby du pétrole

Selon la banque américaine, dans son analyse publiée le 07 mai 2026 et relayée par Bloomberg, une dévaluation du franc CFA pourrait devenir nécessaire pour corriger les déséquilibres économiques de la CEMAC. Pour Citi, une baisse officielle de la parité FCFA/Euro permettra de redonner de la compétitivité-prix aux exportations non pétrolières de la région et de limiter les importations trop chères.

Pour l’auteur principal de ce rapport, l’économiste en chef de la Citi Group David Cowan, les économies africaines fortement liées au pétrole pourraient être plus vulnérables à un affaiblissement durable des réserves de change si les cours du brut demeuraient sous pression. Selon cette logique, les banques centrales commencent généralement par puiser dans leurs réserves extérieures avant d’envisager un ajustement du taux de change. D’autres mesures peuvent également être utilisées, comme le durcissement des restrictions d’accès aux devises, ce qui favorise souvent l’apparition de pénuries et de marchés parallèles. 

Cette note controversée intervient alors que le 05 mai 2026, la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC) a renforcé les obligations de rapatriement des devises pour les sociétés extractives (pétrole, mines, bois). Objectif affiché : renflouer les réserves de change et mieux contrôler les fuites de capitaux estimées à plusieurs milliards d’euros par an.

Selon les autorités de la BEAC, cette mesure est en déphasage totale de la réalité car la sous-région dispose actuellement de plus de 4,5 mois de réserves de change, ce qui constitue une marge de sécurité confortable au-dessus de 3 mois considérés comme le seuil critique. En plus la croissance de la zone CEMAC reste positive à 2.9 %, pendant que l’inflation se maintient en dessous du seuil communautaire de 3% avec un endettement en dessous du seuil communautaire des 70%. Quant au déficit budgétaire, il s’est amélioré et des efforts des Etats en cours pour ramener sous le seuil de -1,5.

Un bras de fer autour de la manne des fonds de restauration des sites

Pour les experts, le problème n’est pas dans les chiffres objectifs qui présentent une amélioration importante de l’activité économique de la sous-région. Il est plutôt tapis dans les ligne du communiqué de la BEAC du 23 Avril 2026 où l’on peut lire :

« Actuellement fixé à 35% (trente-cinq pour cent), le taux de rapatriement dans la CEMAC des recettes d’exportation des sociétés extractives (hydrocarbures, mines, etc.) sera relevé selon un calendrier progressif et prévisible, conformément à l’instruction no00l /GR/2026 du 23 avril 2026 comme sur : à 50% (cinquante pour cent) à compter du 1er janvier 2027 ; 70% (soixante-dix pour cent) à compter du I er Janvier 2028. »

Ce timing de rapatriement des fonds correspond à un relèvement des réserves de change immédiat à plus de 6 000 milliards FCFA (environ U.S $12 Milliard) dès la mise en œuvre de cette disposition en 2026. Une manne financière qui est actuellement logé dans des comptes des majors du pétrole des Etats-Unis et de l’ensemble du monde occidental (TotalEnergies, BP, Shell, Eni…).

La note de Citi Group est donc à juste titre considérée par les experts comme une volonté d’influencer les Etats de la Région CEMAC en proposant une grille de lecture qui met en difficulté leur monnaie commune.

La gestion du spectre d’une crise économique artificielle

Il faut rappeler que pour les nombreux citoyens de la sous-région, le sujet dépasse largement le cadre monétaire : il touche directement au pouvoir d’achat, à la souveraineté économique et à la confiance dans les institutions régionales. Il ravive surtout le traumatisme laissé par la dévaluation de 1994 dans les mémoires collectives.

Conscient de la gravité de telles spéculation, le Gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui a rapidement réaffirmé sa position en écartant officiellement toute perspective de dévaluation et en qualifiant les rumeurs d’attaques infondées. Le dirigeant a immédiatement pris des mesures en mettant à la disposition des professionnels de la communication les informations précises sur la situation économique de la sous-région.

Cette démarche résolument tournée vers la transparence de la gouvernance monétaire devra certainement permettre de rassurer les citoyens de la CEMAC face à des spéculations géopolitiques de la Citi Group dont le scénario prédit une crise économique artificielle en préparation pour les intérêts de quelques structures minières.

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